Emouvants les premiers jours, certains faits et gestes de votre jeune compagnon peuvent, à la longue, se révéler très éloignés de l'image que vous aviez d'un chiot et de ce fait, vous agacer. Qu'il ait peur de son ombre, qu'il ravage tout sur son passage ou qu'il hurle à la mort dès qu'on le laisse seul, ne pensez pas qu'il va se calmer avec le temps. Agissez !

Le froussard

« Dès le debut, je me doutais bien que quelque chose clochait chez ce chiot. Il ne jouait pas beaucoup, restait en retrait et sursautait au moindre bruit. Même celui de la chasse d'eau, il n'a jamais pu s'y habituer », se souvient X, parisienne qui n'avait pas hésité à faire 300 km pour récupérer un jeune épagneul breton de 4 mois réservé par téléphone. « Mais le pire était de le sortir dans la rue : soit il s'aplatissait sur le sol en refusant de bouger, soit il paniquait. Je n'ai jamais pu faire plus de 5 mètres avec lui. J'ai fini par le rendre à l'éleveur ».

Que le chiot soit inquiet lors de situations nouvelles pour lui (moto bruyante dans la rue, cocotte-minute, tondeuse à gazon...) est tout à fait normal. En revanche, si, comme le chien de X, il n'arrive pas à s'y habituer et si sa peur empire avec le temps, il souffre peut-être d'un trouble du comportement appelé "syndrome de privation sensorielle". Les chiots présentant ce syndrome ont souvent été adoptés après l'âge de 3 mois et se révèlent vite inaptes à la vie sociale. Tout les effraie : les bruits ménagers, ceux de la rue, la vue d'un scooter, d'un camion poubelle... Certains paniquent devant un enfant, un homme de grande taille ou une personne portant un chapeau ! Les forcer ou tenter de les rassurer ne change rien, bien au contraire ! Peu joueurs, ils refusent de mettre une patte dehors et souvent préfèrent manger la nuit, plus tranquille pour eux. Ces troubles ne sont pas liés à de mauvais traitements pendant leur tendre enfance, comme on pourrait le penser, mais à des erreurs d'élevage.

Pendant la période sensible de développement dite de social¬sation, entre 3 et 12 semaines d'âge, ces chiens ont grandi dans un environnement pauvre en stimuli sonores et visuels comme un chenil en pleine campagne, et parfois "en privation" de contacts humains. Adoptés trop tard, ils sont incapables de s'intégrer dans un environnement radicalement différent et forcement riche en stimuli comme peut l'être une ville. Ils présentent alors de véritables phobies qui peuvent être une cause d'abandon. Le syndrôme de privation est pourtant réversible grâce à une thérapie comportementale appropriée, initiée le plus tôt possible avec l'aide du vétérinaire.

L'hyperactif
« Ma fille rêvait d'un dalmatien comme dans le film de Disney. Les premiers temps, on trouvait le chiot rigolo, toujours joyeux, débordant d'affection et d'énergie, toujours prêt à jouer », reconnaît Y. « Mais au bout d'un mois il est devenu carrément épuisant. Il n'écoutait rien et saccageait le jardin. Il a cassé de nombreux bibelots. Une vraie tornade ! Il restait très brutal dans ses jeux et nous avons enfin consenti à consulter le jour où il a sauté sur la table pour dévorer le gâteau d'anniversaire devant une vingtaine d'invités ! ».
Le vétérinaire a diagnostiqué un "syndrome d'hypersensibilité-hyperactivité". Les "hypersensibles-hyperactifs" sont des chiens gentils et affectueux mais aussi très agités et incapables de se contrôler et d'arrêter une séquence comportementale.

De vraies piles électriques, extrêmes en tout : ils ne mangent pas, ils dévorent, ils ne grattent pas le sol, ils le labourent, ils ne machonnent pas leurs jouets, ils les déchiquettent. Incapables de contrôler l'intensité de leur morsure, ils font mal quand ils jouent et... ils jouent à longueur de temps, jusqu'à épuisement.
Ils deviennent vite invivables pour leurs maîtres d'autant qu'ils sont hermétiques à toute éducation. II faut rechercher l'origine de ces troubles dans la prime enfance. Bien souvent les "hypersensibles-hyperactifs" sont issus d'un environnement pauvre en stimuli et ont été separes de leur mère trop tôt.

L'éducation maternelle est très importante les 2 premiers mois : la chienne corrige le chiot quand il est trop dissipé et lui apprend le contrôle de la morsure. C'est pourquoi il est important de ne pas prendre un chiot avant l'âge de 8 semaines et de s'enquérir de ses origines. Si votre chien présente des signes d'hyperactivité, ne tardez pas à consulter : une prise en charge du chien avant la puberté donne de très bons résultats.

Le bébé pleureur
« Louspic est un chiot adorable en tout point mais il ne pent rester seul », reconnaît Z qui vient de recevoir une seconde plainte de ses voisins. « Dès que je m'absente, il aboie durant des heures puis il se venge sur mes affaires : livres, CD, chaussures, tout y passe. Je ne sais plus quoi faire. » Le bichon de Z souffre de ce que l'on appelle une anxiété de séparation, un trouble émotionnel fréquent chez le chiot. Les destructions dans la maison et les vocalises ne sont pas l'expression d'une colère mais bel et bien des signes de détresse.

L'anxiété de séparation est due à un état d'hyperattachement entre le chiot et son maître, qui persiste anormalement alors qu'il devient pubère. Normalement, à cet âge, la chienne, très protectrice avec son petit se détache peu à peu de lui pour favoriser son émancipation. Si la mère de substitution, le maître, n'a pas effectué le détachement vers l'âge de 4 à 5 mois et considère toujours son chien comme un bébé, celui-ci devient dépendant d'un point de vue affectif. Il perd ses repères quand il ne voit plus son être d'attachement.

Il gémit, hurle puis le recherche activement et "vocalement". Mâchonner les derniers objets que son maître a touchés, l'apaise. L'erreur serait de le gronder à la découverte des dégâts : la punition ne fait qu'accentuer son anxiété car le chien ne comprend pas. Avec le temps, certains deviennent malpropres et la relation entre le chien et maître se dégrade. L'observation de quelques règles simples permet d'atténuer cet état de dépendance affective, source de souffrance chez le chiot (cf. encadré). Sachez couper le cordon ombilical à temps pour son bien comme pour le vôtre !


Comment lui apprendre à rester seul

Le départ : ignorer le chien pendant la demi-heure qui précède le départ. Ne pas lui parler ou le regarder. Passer la porte comme pour aller chez le voisin. Ne pas revenir s'il aboie.
L'arrivée : l'ignorer tant qu'il est agité et fait la fête. Attendre qu'il se calme pour s'intéresser à lui. Ne pas le gronder pour des dégâts éventuels. Nettoyer en son absence (il pourrait le prendre pour un jeu).
• Utiliser les phéromones maternelles canines, substances secretées naturellement par la chienne dont la vertu est d'apaiser les chiots (collier ou diffuseur DAP®, chez le vétérinaire).